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Adapté
d'un article
de Sawako Noguchi
(Pour les Nouvelles de l'Estampe
No. 184 Oct-Nov 2002)

Emiko Oyama
"LITTLE BOY"
Verni mou, eau-forte
64 cm x 50 cm
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Lorsque l'on évoque l'estampe traditionnelle japonaise, on entend
généralement l'Ukiyo-e (image du monde flottant). C'était,
à l'époque d'Edo (1603-1868) l'une des nombreuses écoles
de peinture traditionnelle, qui tirait ses thèmes de la vie quotidienne
et donnait à voir des portraits d'acteurs de théâtre,
des "belles femmes", ou encore des sites pittoresques. Ces peintures,
par leur caractère familier, sont vite devenues très populaires
et le besoin s'est fait sentir de les diffuser le plus largement possible.
Ainsi a pu se développer l'estampe au Japon, dont les techniques,
sans cesse améliorées, ont permis de juxtaposer jusqu'à
huit planches en couleurs sans décalage.
L'ouverture du Japon, confirmée au cours de l'ère Meiji
(1868-1912), a permis une large diffusion de ces estampes dans les pays
occidentaux, où les maîtres du XVIIe au XIXe siècle
ont éveillé un très vif intérêt chez
les peintres impressionnistes, les hommes de lettres et les amateurs d'art,
tels les frères Goncourt. Au même moment, au Japon, les peintres
de l'école Ukiyo-e, sensibles aux bouleversements de la société
japonaise, introduisaient des sujets de plus en plus actuels dans leur
art.
Du même coup, l'estampe est devenue une sorte de support de l'actualité,
et la qualité de cet art a commencé a décliner. Par
ailleurs, l'introduction d'une teinture chimique, l'aniline, a entraîné
une déperdition des nuances dans les couleurs, qui sont devenues
plus criardes.
Les acheteurs, qui appartenaient à la classe populaire, enthousiasmés
par les nouveaux modes de vie, ont commencé à se détourner
des techniques traditionnelles, considérant que "tout ce qui
est traditionnel, et qui appartient au passé est inutile".
Ainsi, l'Ukiyo-e a servi de papier pour envelopper et protéger
les objets d'art exportés en Europe.
Shigemi Inaga résume cette évolution quand il affirme :
"l'estampe Ukiyo-e était un symbole de modernité au
cours de l'époque Edo (du XVIIè siècle jusqu'à
1867). Mais conserver cette modernité à l'époque
Meiji, qui était en voie de modernisation, la conduisait inévitablement
à l'autodestruction".
Commencée au milieu du XIXè siècle, la décadence
de l'Ukiyo-e allait se poursuivre jusqu'à la fin du siècle.
Art de reproduction, l'estampe traditionnelle a été supplantée
par des techniques plus modernes comme la photographie, et les peintres
japonais, qui la considéraient comme un simple artisanat, n'avaient
pas eu le souci de lui trouver une légitimité nouvelle.
Les prémices d'un renouveau sont à mettre à l'actif
de quelques peintres japonais de style occidental qui, au début
du XXè siècle, à la faveur d'un séjour en
Europe, ont eu la possibilité de découvrir la notion d'estampe
originale, qu'ils ont commencée à introduire au Japon à
leur retour. Il ne s'agissait plus de la reproduction rigoureuse d'une
peinture, impliquant la collaboration d'un peintre, d'un graveur et d'un
imprimeur, mais d'une uvre conçue et exécutée
par un seul artiste, depuis le dessin jusqu'à la gravure, et parfois
même le tirage. Cette pratique était à ce point nouvelle
au Japon qu'on ne savait pas la nommer.
Tadashige Ona précise : "la gravure moderne a d'abord été
baptisée Tôga en 1907, (Tô qui signifie ciseau/gouge/,
et ga, qui signifie peinture) ; par la suite, le Hanga (Han qui signifie
planche et ga, peinture) l'a remplacé". C'est seulement en
1919 que le mot Hanga est défini dans un dictionnaire par le graveur
Hakutei Ishii.
L'idée de gravure originale fut donc longue à s'imposer
au Japon. Ce n'est qu'en 1927 qu'elle fut admise au Salon Impérial
et en 1935 que fut créée la première chaire de gravure
à l'Ecole des Beaux-Arts de Tokyo. Après la seconde guerre
mondiale, lorsque les échanges reprirent et que des manifestations
artistiques internationales furent organisées, ce furent les graveurs
qui les premiers attirèrent l'attention parmi les artistes japonais
et spécialement les graveurs sur bois. Très vite ensuite
des graveurs sur cuivre et des lithographes furent primés.
C'est donc bien parce que l'art de la gravure avait été
longtemps marginalisé qu'il était du même coup libéré
de toute contrainte.
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