Le musée de l’Hôtel-Dieu à Mantes-la-Jolie


Entretien avec Anne-Claire Ducreux, conservateur


Anne-Claire Ducreux, quand êtes-vous arrivée au musée de l’Hôtel-Dieu ? Pouvez-vous nous dire quel a été votre parcours professionnel ?

C’est en septembre 1997 que j’ai été nommée conservateur du musée de l’Hôtel-Dieu à Mantes-la-Jolie. Au préalable, mon cursus universitaire m’avait menée à un doctorat d’histoire de l’art, spécialité art contemporain. Sur le plan professionnel, après un premier poste de chargé de mission au musée de Chartres, mon itinéraire s‘est poursuivi au musée d’Annecy, où j’ai été recrutée en 1982 afin de développer un département art contemporain, tout en étant responsable de l’ensemble de la section beaux-arts et art ancien. Revenue en Ile-de-France en 1995 comme conservateur du musée-promenade de Marly-le-Roi - Louveciennes, j’y ai travaillé sur le projet d’un musée des sciences et des techniques aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans la perspective du retour à Marly des globes de Coronelli. Puis, lorsque le poste de conservateur a été créé à Mantes, j’ai postulé, intéressée tant par la diversité des actions à mener dans le cadre de la politique d’expositions souhaitée par la ville, que par la perspective de pouvoir apporter quelque chose en travaillant avec des populations dites « en difficulté ».


Le musée de l’Hôtel-Dieu a ouvert ses portes en 1996. Pourquoi a-t-il été créé et comment ses collections sont-elles constituées ?

Ce musée est né de la volonté de la ville de Mantes-la-Jolie de regrouper toutes ses collections, de les installer dans un lieu remarquable et de faire en sorte que le musée vive vraiment. L’Hôtel-Dieu a ainsi accueilli les collections de deux musées qui dans le passé existaient à Mantes. Il s’agit, d’une part, d’un important ensemble d’œuvres (plus de 150 peintures, dessins et lithographies) de Maximilien Luce, issu d’une donation de la famille du peintre, qui était avant l’ouverture de l’Hôtel-Dieu présenté dans un musée Luce installé dans les bâtiments de la mairie. Notre fonds comprend, d’autre part, la collection donnée à la ville par François-Victor Duhamel, oncle de l’écrivain Georges Duhamel et grand voyageur. Autrefois exposée dans un musée fermé à la dernière guerre et jamais rouvert, elle compte plus de 600 pièces de céramiques mais aussi du mobilier et des objets divers, dans la tradition des cabinets d’amateurs. Enfin la ville conserve également des pierres tombales hébraïques du XIIIe siècle qui sont maintenant présentées à l’Hôtel-Dieu.


Quelle est l’histoire de cet édifice ?

Situé juste à côté de la Collégiale, l’édifice qui abrite le musée est celui de l’ancien Hôtel-Dieu. C’était à l’origine une institution gérée par l’Église où étaient soignés les pauvres, les pèlerins et les orphelins. A partir du XVIIIe siècle, le bâtiment a connu des sorts divers, successivement hospice, théâtre, café, cinéma, salle de bal, avant d’être acheté par la ville afin d’y ouvrir un musée. Derrière la façade classée du XVIIe siècle, l’intérieur a été entièrement remanié dans ce but. C’est aujourd’hui un magnifique instrument de travail.


 


La collégiale de Mantes.

 

 



 

 


L'Hôtel-Dieu de Mantes.

 

 

 

 

Face à l’éclectisme des collections, comment s’articule le projet culturel du musée ?

Je me suis en effet trouvée confrontée à un nouveau projet culturel. On ne peut pas tout empiler et tout montrer. L’accumulation d’œuvres ou le cabinet de curiosités ne correspondent plus aux attentes actuelles par rapport à un musée. Il est important aussi d’avoir une identité pour pouvoir s’affirmer. Je pense donc qu’il faut développer les deux axes forts du musée : d’une part, la collection Luce et, d’autre part, le lapidaire médiéval. Les sculptures classées monuments historiques provenant de la Collégiale Notre-Dame, statues plus ou moins mutilées, éléments de façades, de porches…, étaient jusqu’à l’automne dernier entreposées dans les tribunes de la Collégiale. J’ai fait une demande de dépôt auprès des Monuments historiques, afin de pouvoir les montrer à l’Hôtel-Dieu, d’abord dans le contexte de l’exposition en cours, puis dans le cadre d’un parcours permanent. Les autres collections du musée sont présentées par roulement, par exemple une sélection de faïences de la collection Duhamel exposée en 1999.


Le musée de l’Hôtel-Dieu présente de nombreuses expositions temporaires. Pourriez-vous nous parler de cette programmation ?

Ce sont ces expositions temporaires qui dynamisent vraiment le musée et notre programmation temporaire les fait alterner autour de trois axes. Le premier concerne le patrimoine régional. Le deuxième a trait aux arts et cultures du monde, art contemporain aussi bien qu’ancien, avec par exemple l’exposition « Histoires de noces » organisée fin 1999 dans le cadre du « Temps du Maroc ». Notre troisième axe est l’art contemporain, l’Hôtel-Dieu étant d’ailleurs l’un des rares musées en Ile-de-France à présenter de l’art contemporain.


Sur le thème du patrimoine régional, vous présentez une grande exposition consacrée à « Mantes médiévale ».

Présentée de décembre 2000 à mai 2001, cette exposition a été réalisée en partenariat avec la Direction des affaires culturelles et du patrimoine de la ville de Mantes-la-Jolie, avec le soutien actif du Service départemental d’archéologie, des Archives départementales et de la Conservation des antiquités et objets d’art, et avec l’aide de la DRAC Ile-de-France. Elle est le résultat d’un travail passionnant pour lequel un comité de pilotage scientifique constitué d’instances reconnues a été réuni et dont le commissariat général a été assuré par M. Alain Erlande-Brandenburg, directeur du musée national de la Renaissance à Écouen. Nous montrons donc les sculptures de la Collégiale, restaurées à l’occasion de l’exposition, mais aussi des vitraux du XIVe siècle, restaurés par les Monuments historiques, et plus largement, nous brossons un panorama inédit de la ville de Mantes au Moyen Age, au travers des campagnes de restauration, des collections lapidaires, des documents d’archives et des fouilles archéologiques récentes. Comme toutes nos expositions, elle est accompagnée d’une publication (voir encadré) et je pense que celle-ci fera date. Nous organisons également un cycle de conférences autour de l’exposition et des ateliers de sculpture, peinture, vitrail…


 


Tête de Moïse; vers 1150. Pierre provenant de la Collégiale de Mantes.(Coll.lapidaire dépôt musée de l'Hotel-Dieu)

 

 



 

 


Détail d'une verrière de la chapelle de Navarre. (Dépôt musée de l'Hôtel-Dieu)

 

 

 

 

A propos justement des ateliers, quelle place tiennent-ils dans les activités du musée ?

Dès mon arrivée à Mantes, alors qu’il n’existait pas encore de service pédagogique au musée, j’ai eu envie de travailler avec les scolaires. Fin 1997, à l’occasion de la préparation de l’exposition « Les choix de la mémoire, patrimoine restauré des Yvelines », j’ai invité tous les professeurs des écoles à une réunion et il y a tout de suite eu des demandes pour des activités pédagogiques. Nous avons démarré avec les moyens du bord, des parcours-découvertes, des petits jeux… Puis, le Centre Georges Pompidou à Paris devant fermer pour travaux, je l’ai sollicité, en accord avec la mairie, pour le dépôt d’œuvres et la venue d’intervenants. C’est ainsi qu’en 1998 nous avons pu monter l’exposition contemporaine « Magie noire, magie blanche » et obtenu la décentralisation à Mantes de l’atelier des enfants de Beaubourg et des conférenciers du Centre. La commune a offert la gratuité aux écoles et nous avons eu dix ateliers pédagogiques sur trois mois, dont sept avec les écoles du Val Fourré. Cela a été un démarrage fantastique pour notre cellule pédagogique et pour la fréquentation du musée par les scolaires. Le musée a ensuite pu recruter des animateurs d’arts plastiques qui travaillent avec les enfants et a même ouvert un atelier pour les adultes.


Quel est votre public et comment le musée s’insère-t-il dans le Mantois ?

Le musée reçoit environ 10 000 à 12 000 visiteurs par an, principalement des personnes de la région. Pour de grandes expositions, nous arrivons maintenant à déplacer aussi un public venu de Paris et de Normandie, mais ce n’est pas facile, alors que Mantes n’est qu’à 35 minutes de train de Paris. En direction du public régional, nous nous attachons en outre à développer des activités en symbiose avec d’autres événements locaux, par exemple en novembre dernier une exposition d’instruments de musique lors du festival « Blues sur Seine » ou les années précédentes une exposition de jouets anciens avant Noël. Souvent nous exposons les travaux réalisés par les enfants dans nos ateliers d’arts plastiques. Je suis particulièrement ravie lorsque des enfants ayant participé à ces ateliers reviennent ici avec leurs parents, qui seuls ne seraient jamais venus au musée. Je pense aussi à une petite enquête effectuée auprès des jeunes par un collectif d’artistes implanté au Val Fourré. Le musée figure en bonne place dans les réponses à la question « Quelqu’un arrive à Mantes, que lui faites-vous visiter ? »


Y a-t-il de nouveaux projets d’aménagements pour le musée ?

En effet, la commune a acquis en 1999 le bâtiment voisin de l’Hôtel-Dieu dans le but d’étendre le musée et de mettre en valeur les collections lapidaires médiévales. L’étude architecturale est en cours. Cette extension permettra d’augmenter les surfaces d’exposition, mais aussi d’ouvrir un nouvel atelier qui doublera nos capacités d’accueil, et de proposer une boutique avec un choix plus étoffé et une cafétéria, même petite, où nos visiteurs puissent s’arrêter un moment.



 


Des ateliers de pratiques artistiques pour les enfants.

 

 


Constructions quai de Passy; Maximilien Luce; 1907. Coll. musée de l'Hôtel-Dieu.

 

 



 

 

Vue de l'intérieur du musée.

 

 

Et d’autres expositions en préparation ?

L’exposition suivante sera consacrée à l’art aborigène, à l’occasion de la venue à Mantes d’un groupe d’artistes aborigènes. Puis nous présenterons en 2002 des œuvres de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, avec le concours du Centre Georges Pompidou. Enfin nous avons en perspective une exposition sur l’archéologie du Mantois, organisée avec le Service archéologique départemental des Yvelines, qui retracera le passé de la région mantaise grâce aux témoignages que l’archéologie a pu retrouver. Beaucoup de projets donc !

MUSEE DE L’HOTEL-DIEU
1, RUE THIERS
78200 MANTES-LA-JOLIE
TEL. : 01 34 78 86 60

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« Mantes médiévale, la Collégiale au cœur de la ville »
Joyau de l’art gothique, la Collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie, sujet de maintes recherches, n’avait pas encore bénéficié d’une publication scientifique argumentée faisant le point sur la somme des connaissances acquises. L’ouvrage collectif publié à l’occasion de l’exposition comble cette lacune. Ce n’est pas un catalogue, même s’il est très documenté du point de vue iconographique, mais un ouvrage de référence, tant sur la ville médiévale, son développement, ses commerces, ses institutions et ses établissements religieux, que sur la Collégiale et son architecture. Réalisé sous la direction scientifique d’Alain Erlande-Brandenburg, il réunit les contributions des meilleurs spécialistes, parmi lesquels Arnaud Ramière de Fortanier, directeur des Archives départementales des Yvelines, Bernard Fonquernie, architecte en chef des Monuments historiques, Anne Prache, professeur à l’Institut d’Art, Gérard Nahon, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, Laurence de Finance, ingénieur d’études à la DRAC Ile-de-France, Philippe Plagnieux, maître de conférences à l’Université de Paris-Nanterre, Bruno Dufaÿ, archéologue départemental des Yvelines, chaque auteur apportant dans son domaine de nouveaux éléments de connaissance.

Éd. Somogy, 192 pages, 150 illustrations, 180 F. Exemplaires reliés disponibles en librairie à partir de février, 250 F.

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Détail d'une verrière de la chapelle de Navarre. (Dépôt musée de l'Hôtel-Dieu)

 

 

 
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