Parcs et jardins historiques des Yvelines après la tempête de décembre 1999

En cette année 2000 qui marque le tricentenaire de la mort de Le Nôtre se développe l’intérêt porté à ce patrimoine vivant et fragile que sont les jardins.

La tempête qui le 26 décembre 1999 a balayé le nord de la France, a causé des ravages. Dans notre département, l’estimation globale des dégâts avoisine le milliard de francs. Le patrimoine culturel a été sévèrement atteint et, plus encore que les monuments, les nombreux jardins historiques ou remarquables existant en Yvelines ont beaucoup souffert, à la fin d’un mois de décembre pluvieux, de ces vents soufflant en pointe à 170 km/h.

Il est malheureusement des paysages que nous ne reverrons plus, des paysages dont l’échelle et la perception se trouvent modifiés pour longtemps par cette tempête. Mais dès maintenant, sur bien des sites, la restauration et la replantation débutent. Après un état des lieux, nous nous intéresserons à ces perspectives de sauvegarde du patrimoine, qui supposent une volonté et des moyens importants.

 


Spectacle de désolation après la tempête dans le parc de Rosay. (Photo R. César)

 

 



 

 

 
 



Un état des lieux

Sans prétendre à un bilan exhaustif ou définitif, voici un aperçu de la situation dans une série de sites publics ou privés, partie des 173 parcs et jardins remarquables répertoriés dans les Yvelines par l’étude de pré-inventaire (cf. encadré), en précisant bien qu’il ne s’agit pas ici des forêts mais des parcs.

Domaine de Versailles : 10 000 arbres ont été détruits, 80% des espèces rares abattues, dont des arbres historiques plantés aux XVIIIe et XIXe siècles. L’estimation budgétaire du coût de la tempête est de 246 MF, dont 151 MF pour le parc.

Arboretum de Chèvreloup : dans cet arboretum de collection dépendant du Muséum national d’histoire naturelle, plus de 1700 arbres ont été affectés par la tempête. Cependant, la plupart des espèces demeurent présentes et la perte est patrimoniale et esthétique plus que scientifique.

Domaine de Saint-Germain-en-Laye : la Grande Terrasse de Le Nôtre, en pleine restauration, avait été abattue juste avant la tempête, ce qui a évité une catastrophe. Les 400 tilleuls d’alignement choisis en pépinière en 1998 ont été replantés début 2000 et la terrasse est à nouveau accessible au public. En revanche, le jardin anglais et le quinconce est ont été très abîmés.

Parc de Marly : 1 600 à 2 000 arbres ont été détruits et la priorité cette année reste la mise en sécurité de l’ensemble du domaine et le dégagement du bois mort. Ce n’est qu’ensuite qu’un reboisement pourra être étudié.

Parc de Rambouillet : 6 000 arbres ont été détruits. Les accès à la bergerie, au château et le jardin français ont été dégagés en premier lieu mais il reste beaucoup à faire avant de passer au reboisement.

Port-Royal des Champs : le domaine des Granges déplore près de 500 arbres déracinés ou abîmés. Sur le site des ruines de l’abbaye, les accès, les berges du Rhodon et le mur d’enceinte ont été endommagés par les chutes d’arbres. La douzaine de peupliers qui bordait les ruines a été mise à terre.

Domaine de Madame Élisabeth, à Versailles : un tiers environ du patrimoine arboré de ce parc départemental a été atteint, avec 129 arbres déracinés ou brisés et une soixantaine d’autres endommagés. Le nettoyage du parc entrepris en vue d’une réouverture au public pour l’été sera suivi d’un programme de replantation et de recomposition du paysage.

Fondation de Coubertin, à Saint-Rémy-les-Chevreuse : si les bâtiments de la fondation, les sculptures et le jardin des bronzes n’ont été que peu ou pas touchés, plus d’une centaine d’arbres ont été abattus dans le parc.

Maison Elsa Triolet - Aragon, à Saint-Arnoult-en-Yvelines : alors que le moulin de Villeneuve et les bâtiments se tirent de la tempête sans dommage majeur, le parc a perdu 150 arbres. Une souscription est lancée pour la replantation du sapin bleu planté en 1952 par Elsa Triolet et Louis Aragon et brisé par la tempête.

Domaine de Monte-Cristo, au Port-Marly : 26 arbres ont été cassés ou déracinés dans le domaine et 18 sur les parkings. L’allée de châtaigniers contemporains d’Alexandre Dumas a été très clairsemée.

Parc de Thoiry : après un dégagement des arbres et une mise en sécurité qui ont permis une réouverture rapide et dont les coûts ont été en majorité couverts par les assurances, les frais de replantation et de réparation des clôtures sont évalués à 3,2 MF.

Parc de Dampierre-en-Yvelines : devant le château, dans le petit parc planté par Le Nôtre, 30 hectares ont été complètement détruits. Dans le grand parc, on compte 65 hectares de chablis et 150 hectares où les arbres sont tombés plus sporadiquement. Le coût des dégâts dans le parc est estimé à 6,4 MF au total.

Parc de Breteuil : le coût des dommages subis s’élève à 100 000 F pour les jardins à la française et 1 MF pour le parc à l’anglaise.

 



 

 



 

 


Dégâts sur le mur d'enceinte du domaine de Saint-Germain-en-Laye.

 

 

 

 



La diversité des situations

Cette liste, même incomplète, témoigne de l’ampleur du désastre. Celui-ci recouvre d’ailleurs des situations qui peuvent être, comme l’explique M. Juan de Beistegui, Président de l’Association départementale des parcs et jardins des Yvelines, très diverses, qu’il s’agisse des dégâts constatés, des coûts de remise en état ou des moyens d’y faire face. Ainsi, les dégâts ont été variables selon les lieux, leur configuration, le type de jardin ou de parc, leur étendue, leur boisement… Si les jardins proprement dits ont en général moins souffert, des grands parcs et des sites très boisés, comme celui de Dampierre, ont été ravagés.

Quant au coût de dégagement d’un parc après la tempête, il peut varier de un à dix, en fonction d’éléments tels que la qualité des arbres tombés (et donc le prix qui peut être retiré de la vente du bois), l’accessibilité des lieux, leur fragilité qui peut nécessiter une intervention en douceur plus onéreuse, l’urgence de réaliser les travaux dans un site ouvert au public… Enfin les moyens de faire face à ces dépenses sont eux aussi variables. A la différence des bâtiments, les parcs et jardins ne sont pas, sauf exceptions, couverts par des assurances. La situation la plus difficile est celle des propriétaires de lieux non protégés au titre des monuments historiques et des sites et non ouverts au public, qui ne bénéficient pas d’aides extérieures. Dans certains cas, des propriétaires découragés par la catastrophe, la longueur de temps et les moyens financiers nécessaires à la reconstitution du jardin, risquent de ne pas le replanter, rendant définitive la perte pour le paysage et le patrimoine.


Quels moyens et quelles perspectives ?

Les mesures gouvernementales annoncées pour le patrimoine culturel après les intempéries font état d’un effort budgétaire de 800 MF, avec 600 MF consacrés à la prise en charge par l’État des dégâts occasionnés aux bâtiments et sites dont il est propriétaire et un concours de 200 MF pour le patrimoine protégé n’appartenant pas à l’État, cela pour l’ensemble du territoire.

Le Conseil général des Yvelines quant à lui engage pour faire face aux dommages causés par la tempête dans le département un plan de plus 100 MF. Des aides sont notamment prévues pour les parcs communaux et les parcs privés ouverts au public (cf. encadré).

Enfin, l’opinion publique a été frappée par ce désastre et le manifeste à travers des souscriptions. Le château de Versailles a lancé une souscription internationale dont l’objectif est de financer l’achat de 10 000 arbres. En mai, plus de 6 000 arbres, d’un coût d’achat moyen de 1 000 F, avaient déjà été adoptés. En France et à l’étranger, cet effort est relayé par de nombreuses institutions, associations et entreprises. L’Assemblée nationale parraine ainsi 132 arbres destinés au Jardin du Roy et le Sénat 105 arbres pour le parterre de Trianon.

La campagne « Reboisons la France », initiée par l’association Parcs et jardins de France, montre l’attachement à ce patrimoine. En trois mois, plus de 3 MF de dons ont été reçus de particuliers, auxquels s’ajoute le partenariat d’entreprises. 35% des dons sont nominativement affectés à un site (dans le département, sont ainsi concernés Versailles, Dampierre, Breteuil, Thoiry, Chèvreloup, les forêts de Rambouillet et Marly, Maisons-Laffitte et… les Yvelines). La masse restante est répartie sur l’avis d’un comité consultatif indépendant.

Pratiquement, les premières tâches à accomplir portent sur la mise en sécurité des lieux et sur le dégagement du bois mort, qu’il est souhaitable d’effectuer rapidement tant pour la sécurité des personnes que pour l’état sanitaire général des végétaux. Viennent ensuite la remise en état des sols, la replantation, qui pourra vraiment débuter cet automne, et la restauration des jardins. C’est au total un travail énorme et c’est pourquoi il importe que le mouvement d’intérêt et la mobilisation se prolongent. Des manifestations comme la fête des parcs et jardins organisée en juin par le Comité départemental du tourisme, avec des animations spécifiques dans des jardins historiques et l’ouverture exceptionnelle de parcs habituellement fermés au grand public, peuvent y contribuer.

 



 

 



 

 



 

 

Prévue de longue date; la replantation de la grande terrasse de Saint-Germain-en-Laye a eu lieu début 2000.

 

 



Un plan départemental de plus de 100 MF

C’est un plan de plus de 100 millions de francs que le Conseil général des Yvelines a décidé d’engager le 25 février 2000 pour faire face aux dommages causés par la tempête dans les Yvelines. Les grands axes de ce plan sont :
- la réparation des dégâts sur les biens départementaux : collèges, routes, bâtiments, sites et forêts (au total 36 MF) ;
- une aide aux communes pour la reconstruction de leurs biens endommagés (54 MF) ;
- une aide à l’agriculture spécialisée (5 MF) ;
- une aide à la réparation des dommages causés à l’environnement : forêts domaniales (5 MF), parcs naturels régionaux (1 MF), cours d’eau (1 MF), parcs privés (2 MF).

Dans ce cadre, le taux de l’aide départementale pour le dégagement et la reconstitution des parcs communaux et intercommunaux s’élève à 50%, avec un plafond de dépense subventionnable de 5 000 F par arbre pour la replantation. Quant à l’enveloppe de crédits destinée aux parcs privés, elle a pour objet d’aider à leur réouverture, en dégageant voies et chemins intérieurs, en mettant en sécurité les lieux fréquentés par le public et en remettant en état les équipements dans le cadre de contrats d’ouverture au public. La subvention est plafonnée à 200 000 F par parc. Les premiers parcs bénéficiaires de cette aide sont Thoiry, Breteuil et Dampierre.


Des jardins remarquables

Un pré-inventaire des parcs et jardins remarquables du département des Yvelines a été réalisé entre 1994 et 1997, sous le pilotage de l’Association des parcs et jardins des Yvelines, avec la collaboration du CAUE 78, de l’Agence des espaces verts d’Ile-de-France et du ministère de l’Équipement. Il s’inscrit dans le cadre du pré-inventaire entrepris depuis 1984 à l’échelle nationale par la direction de l’Architecture et de l’Urbanisme de ce ministère et utilise la même méthode.

L’Ile-de-France est avec les Pays-de-Loire une des plus riches régions en parcs et jardins. Après un repérage aussi exhaustif que possible puis une étape de visites sur le terrain, le pré-inventaire a retenu 173 jardins remarquables dans les Yvelines.

Les critères appliqués pour apprécier l’intérêt d’un jardin relèvent de quatre ordres :
- Le jardin est-il un conservatoire d’espèces naturelles, créées, naturalisées ou protégées par le travail de générations de jardiniers (ou d'un seul) ?
- Est-il un conservatoire des traces d’un mode de vie dont l’intérêt pour l’histoire culturelle est attesté par ailleurs ?
- Est-il d’un intérêt du point de vue de l’art des jardins ? (Y compris un lieu où s’exprime une recherche de création artistique contemporaine.)
- Contribue-t-il à la création d’un paysage, soit par mise en valeur d’un site remarquable en soi, soit en rendant remarquable un site ?

Cette notion de jardins remarquables met l’accent sur l’intérêt d’un patrimoine mais n’implique pas une protection juridique. Sur les 173 jardins remarquables des Yvelines repérés par le pré-inventaire, 76 sont protégés. Les autres, c’est-à-dire la majorité, ne bénéficient d’aucune protection. Ils constituent donc, au regard des détériorations humaines ou naturelles, un patrimoine particulièrement fragile. Le nombre important et la variété des jardins répertoriés dans les Yvelines justifient pleinement les différentes actions de sensibilisation initiées par la collectivité publique et l’Association des parcs et jardins.



« L’Art des jardins en Yvelines, histoire et paysages »

Ce titre est celui du beau livre que publie, avec le concours du Conseil général, l’Association des parcs et jardins des Yvelines.
Composé de photographies de Robert César et de textes rédigés par Florence Collette, historienne, et Dominique Pinon, paysagiste DPLG, ce volume prend, après la tempête, valeur de témoignage historique et d’ouvrage de référence.

Créée en 1992, l’association s’est donné pour but la sauvegarde et la mise en valeur des parcs, jardins et paysages des Yvelines. Elle rassemble aujourd’hui 150 membres actifs. Cette nouvelle publication s’inscrit dans le prolongement du pré-inventaire des parcs et jardins qu’elle a piloté.

(Éditions Minerva, 144 pages, 249 F.)

 



 

 



 

 



 

 

Un ouvrage de référence publié par l'Association des Parcs et Jardins des Yvelines.

 

 

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